Faux

Fabriqué

Les tombes juives du cimetière de Pantin ont-elles été profanées ?

Dans la nuit du 23 au 24 mars, treize tombes du carré juif du cimetière de Pantin ont été endommagées. Des rumeurs de vandalisme, voire de profanation, ont fleuri sur les réseaux sociaux, mais il s’agissait d’un accident: un camion a percuté les dalles en voulant éviter une voiture.

Le 24 mars, le site Europe Israël affirmait pourtant que “des dizaines de tombes ont été détruites et/ou vandalisées”. Deux jours plus tard, le même média assurait recevoir de nombreuses photos et vidéos d’internautes. “Tous arrivent à la même conclusion: la thèse de l’accident est peu crédible”, rapportait-il dans un nouvel article. 

Le conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a dénoncé dans un éditorial, publié le 27 mars, l’affolement des réseaux sociaux. “Un simple fait divers, qui s’est produit lundi dernier et qui avait été traité comme tel toute la semaine, s’est transformé en délire digital pendant le week-end”, a regretté son président, Francis Kalifat. “Si les auteurs de ces rumeurs s’étaient renseignés auprès des personnes autorisées, ils n’auraient pas excité les réseaux pour rien.” 

L’enquête de police a confirmé la responsabilité du particulier et permis de déterminer que le camion était en excès de vitesse, a préciseé la mairie de Paris, qui administre le cimetière, dans un communiqué de presse daté du 26 mars. La municipalité s’est engagée à restaurer les tombes dans les meilleurs délais.

Matthieu Lamarre, conseiller presse de la maire de Paris, Anne Hidalgo, a quant à lui publié sur son compte Twitter deux photos du camion accidenté, prises par le services des cimetières.

Le camion est resté plus de deux jours au milieu des stèles, il a fallu faire venir une grue pour le retirer“, a-t-il précisé à une journaliste participant au projet CrossCheck.

Faux

Mal rapporté

Jean-Luc Mélenchon accusé d’avoir fait l’apologie du FN en 1991

Jean-Luc Mélenchon, pourfendeur du Front national, est accusé à tort d’avoir fait l’apologie du FN par le passé, à partir d’une photocopie incomplète d’une interview au Quotidien de Paris datée du 25 décembre 1991. “Le seul parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national“, titrait le journal, mais la citation est tronquée et n’a rien d’un éloge du parti de Marine Le Pen, contrairement à ce qu’affirment des commentaires du post de la page Facebook “On aime la France”, partagé 15.000 fois en moins de 24 heures.

 

Dans cette interview, introuvable dans sa version originale sur Internet, Jean-Luc Mélenchon, qui était membre du Parti socialiste en 1991, fustigeait surtout l’absence de proposition du PS alors au pouvoir. “Le PS a abandonné la politique. Je vais vous dire quelque chose d’affreux : aujourd’hui, le parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national“, dit-il selon un extrait de cet entretien publié le lendemain (26 décembre 1991) par Le Monde.

Interrogé en 2011 sur Direct 8 par Valérie Trierweiler, Jean-Luc Mélenchon rappelle d’abord “avoir beaucoup lutté pour faire interdire le Front national”.

Il précise ensuite le sens de ses propos de 1991: “Ça voulait dire que les militants et les dirigeants du Front national croient que la politique peut changer le cours des événements et je le crois aussi. Et puis il y d’autres gens qui croient que non, que de toute façon il n’y a qu’une seule possibilité, qu’un seul ordre du monde possible», dit-il autour de la 15e minute de cette vidéo.

Marine Le Pen a également présenté cette interview de 1991 à Jean-Luc Mélenchon sur France 3 le 2 juin 2012 (11e minute de la vidéo), alors qu’ils s’affrontaient pour la députation à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). “Cet article, vous ne l’avez pas trouvé toute seule“, lui a répondu Jean-Luc Mélenchon, avant de réitérer les explications fournies à Valérie Trierweiler quelques mois plus tôt.

 

Faux

Mal attribué

Le Kremlin a-t-il tweeté que “Moscou va aider Le Pen à gagner les élections”?

Un tweet rapidement effacé du site d’informations russe Lifenews, intitulé “Moscou va aider Le Pen à gagner les élections“, a alimenté la rumeur d’un soutien officiel du Kremlin à la candidate FN le jour de sa visite en Russie, le 24 mars. Mais ce site favorable au président Poutine n’est pas un organe officiel comme l’ont pensé de nombreux internautes, et le lien vers lequel il renvoie est en fait une tribune, écrite par un politologue, et titrée “Le Pen n’a peur de personne”.

La formulation du tweet effacé figure en revanche toujours sur un autre compte appartenant à Lifenews.

L’article en lien avec ce tweet supprimé est une tribune d’analyse d’un politologue, Dmitri Rodionov, comme l’indique le mot “Мнения”, qui signifie “avis” ou “opinion”. L’auteur explique que la candidate FN n’a pas peur de venir en Russie, “malgré le climat d’hystérie antirusse dans l’Union européenne“, mais ne mentionne jamais une quelconque aide de la Russie à Marine Le Pen.

Lifenews n’est pas un média d’Etat. Il appartient à la compagnie News Media et a été fondé par Ashot Gabrelyanov. Il défend toutefois des positions favorables à Poutine et la famille Gabrelyanov, influente dans plusieurs secteurs d’activités en Russie, a plusieurs fois exprimé son soutien au président russe.

Lifenews a supprimé ce tweet peu avant l’annulation d’une alerte de l’agence de presse russe Interfax selon laquelle le Kremlin annonçait le financement de la campagne de Marine Le Pen par des banques russes. Cette alerte, publiée après un point-presse du porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, a été remplacée par une autre dans laquelle ce dernier assurait que la question du financement de la campagne de la candidate FN n’avait pas été évoquée pendant sa rencontre avec Vladimir Poutine.

L’alerte annulée par Interfax

La nouvelle alerte publiée par Interfax

En février, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé “l’ingérence” dans campagne présidentielle de la Russie. Vladimir Poutine a cependant martelé pendant la visite de Mme Le Pen que la Russie “n’influencera(it) pas les élections“.

 

Faux

Trompeur

L’Hôtel de la Marine va-t-il être converti en musée de l’esclavage?

Plusieurs sites identitaires, notamment Riposte Laïque, affirment que l’Hôtel de la Marine à Paris est en passe d’être “promu musée de l’esclavage“, en se fondant sur un article de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, démenti par la directrice du Centre des monuments nationaux.

 

La rumeur provient d’un rapport sur la mémoire de l’esclavage et de la traite remis au ministre de l’Intérieur en mars 2017. Ses auteurs prônent la création d’un site mémoriel autour de l’esclavage et de son abolition à Paris. Ils suggèrent plusieurs sites d’installation, au premier rang desquels l’Hôtel de la Marine, sur la place de la Concorde. Ce bâtiment fut par le passé le siège du ministère de la Marine et des Colonies et “abrite le bureau où Victor Schoelcher signa le décret d’abolition de l’esclavage” en 1848. Le haut commandement de la Marine a définitivement quitté les lieux en 2015 et le bâtiment est actuellement en reconversion.

Extrait du rapport proposant l’installation de la fondation pour la mémoire de l’esclavage à l’Hôtel de la Marine

 

Les auteurs du rapport proposent que le siège de la fondation pour la mémoire de l’esclavage soit installé à l’hôtel de la Marine, mais reconnaissent “qu’il faut une institution muséale et scientifique distincte de ce site“. Minute comme Riposte Laïque s’appuient donc sur de simples suggestions qui n’ont aucune dimension contraignante.

Interrogée par CrossCheck sur la possible transformation de l’hôtel de la Marine en musée de l’esclavage, la direction du Centre des monuments nationaux a démenti catégoriquement: “La réponse est non.” Son futur objet sera dévoilé “très bientôt“, a-t-on ajouté de même source.

Bien avant ce rapport, un collectif d’historiens avait déjà réclamé la transformation de l’Hôtel de la Marine en musée de l’esclavage en 2011, afin de sauvegarder un “lieu de mémoire nationale et coloniale“.